Samedi 20 juin 2009 6 20 /06 /Juin /2009 15:23
- Tu verra, d'ici peu les gens te dégoûteront à toujours se mêler de ce qui ne les regarde pas.
- Peut-être, mais en occident tu peux crever dans la rue et tout le monde s'en fout.
Extrait de "Persépolis".
Comme souvent ces derniers temps, les "nouveaux interdits" poussent comme de la mandragore aux pieds des pendus. Pendus en place médiatique, les casseurs en tout genre, encagoulés des manif's, individus à la violence répréhensible utilisés comme prétextes à la diarrhée législative du gouvernement. Et pleuvent les projets de loi, les classifications, les quantifications d'amendes projetées pour... dissimulation de son identité dans la masse. Un monument d'imbécilité. Et quoi demain ? Interdiction aussi des perruques rousses à bouclettes, nez rouge et maquillage ? Sale temps pour les clowns alors dans ce cirque médiatico-législatif. Pour enfin découvrir quoi ? Que l'émeutier est un monsieur tout-le-monde, fils de monsieur et madame n'importe-qui ? Le droit à l'anonymat est un des plus précieux que nous ayons saisi de l'anarchisme des Grecs Anciens, source même, non de la démocratie, mais de l'État de Droit. Ce simple droit qui stipule que l'État doit garantir une sphère d'intimité inviolable à l'individu.

Plus loin encore, quoiqu'à petits pas, par le biais additionnel du fichage, la présomption de culpabilité se porte non plus réellement sur ce que l'individu a fait, mais sur ce qu'il est. C'est de l'infantilisation culpabilitaire, renversant l'idée qu'un homme est ce qu'il fait. Tu es, et donc sera, ce que tu as fait par le passé. Le jaune du bagnard tant pointé du doigt par Victor Hugo dans Les misérables, porté par Jean Valjean. La malédiction du passé institutionnalisé, en tout déni de catharsis. Dans cette logique-là, nul homme ne purge sa peine, il n'est que toléré que par le biais d'une dictature des bons sentiments, qui se refuse à exécuter; dictature tant décriée par le chef de l'État, et que par ailleurs, il cultive via le réflexe victimaire. Mais revenons à nos moutons. Les régimes autoritaires raisonnent ainsi : nul n'a le droit d'être impersonnel. Nul n'a le droit de cacher son identité derrière son acte, de peur que ce dernier ne devienne symbolique. Nul n'a le droit, en fait, en effaçant son identité, d'être porteur d'un acte qui le dépasse, car l'acte anonyme parle à ceux qui s'y reconnaissent, hors de tout culte personnel. Et sans tête à couper, pas de régime de pouvoir personnel. L'encagoulé est la Némésis de l'autoritarisme, celui dont l'acte dépersonnalisé dit "je vous surveille" au surveillant. Il dit non pas "JE" suis révolté mais, "IL Y A" révolte. Quel bénéfice personnel est-ce qu'un casseur trouve dans son action ? Pas le moindre. Il échappe au rapport de force et d'intérêts individuel, et le transforme en bras de fer de classes. Cette lutte des classes dont nous ne voulions plus entendre parler. C'est en la niant qu'on la ressuscite.

Quant à celui qui se dépersonnalise, qui souhaite s'extirper du particularisme atomiste et relativiste de la pensée unique, et ce, sans rentrer dans le rang des moutons à code-barre, il est insidieusement nié dans son humanité. A l'image du SDF, nouvelle icône du non-homme (souvenez vous des bumfights ou des trampbashing aux U.S.A.) : celui qui n'a plus d'identité sociale. Je réclame, messieurs les gouvernementaux, le droit à n'être personne. A porter l'idée d'une liberté et du droit qui dépasse ma personne. A crier ma révolte, même si elle est minoritaire, et à la jeter en place publique sans mettre en avant ma personne, superbe appât à représailles faciles. Je réclame le droit à ne pas être un numéro, effaçable de vos listes des gens bien comme il faut, mais néanmoins un citoyen de la république française, fut-ce un simple "indigène" de la république. Le droit à ne pas me proclamer individuellement  et égoïstement un symbole, mais à l'être, dans mon acte.  Et vengeur comme un artiste : à porter un masque pour faire tomber le vôtre.

Enfin, comme par un succulent croc en jambe, une polémique quasi inverse s'ouvre sur une cagoule dont on suppose qu'elle soit portée à contre-cœur : la burqa. Défense, là aussi : mot à sens et contre sens, lourdement galvaudé.  La burqa comme symbole d'Islam est un non-sens. A peine mentionné dans le Coran par le Prophète qui en parle de manière métaphorique par le "voile" qui sépare les appartements des femmes dans la maison des pièces communes, il vient d'une tradition largement pré-Islamique. De même qu'en France, où, dans les années cinquante, il était absolument impensable de voir une femme se rendre à l'Église sans un foulard sur les cheveux (sans parler des nonnes !). Traditions et pudeur publique. Pas religion. Bien peu à voir avec la laïcité, donc, en fin de compte. Le point d'accroc, en vérité, c'est que la loi interdit à une personne d'en forcer une autre à porter ce qu'elle ne souhaite pas en public, dans les limites de l'attentat à la pudeur. Limites elles-mêmes sujettes à controverse et hautement fluctuantes selon les jugements de valeur sociaux. Le procès en intention imputé à la burqa est donc celui-ci : elle est forcément imposée, rabaisse et humilie la femme, donc il faut l'interdire pour protéger ces femmes.

Oui, mais. Si elles sont sous le joug familial, au point de se voir forcées à déambuler sous un sac à patates, quel effet pourrait avoir une telle intervention législative ? Si les mâles de la famille ne cèdent pas, mais ne veulent pas pour autant s'attirer les foudres de la force publique, il y-a fort à parier qu'ils "cloîtrent" littéralement les femmes. Quelle liberté alors pour elles, qui se retrouvent écrabouillées entre deux interdits : Familiaux et publics ? Peut-on, par la force de la loi, les "libérer" en les arrachant des griffes du patriarcat crispé familial ? Argument pro-actif fallacieux et contre productif. Le genre de législation qui repoussera les "limites visibles publiquement" de ces impératifs familiaux, mais n'attaque pas les fondements de ce sexisme latent. Pire, ce genre de législation peut pousser les plus malsains à cultiver un cancer social : un Islam des caves, ultracommunautaire, totalement coupé de la vie de la Res Publica. On ne peut sauver les gens malgré eux. Dans le cadre de l'État de Droit, la loi est un bouclier, pas une épée. Qui brise le bouclier trouve ensuite l'épée. Le renversement de cette assertion est une procédure fascisante. En ces termes, on ne devrait en aucun cas réprimer le simple port de la burqa, au risque de contrevenir à des volontés, par ailleurs hypothétiquement soumises à coercition. En revanche, insister, dans les cadres scolaires et d'éducation civique, sur  le fait que la loi protège leur droit, dès qu'elles souhaiteront s'émanciper.

Sans quoi, nous ouvrons la boîte de Pandore inversée. Une famille peut-elle obliger sa fille, de manière idoine et tout autant détraquée, à ne porter que, disons, des minijupes ras-la-touffe ?! Halte aux lois de dress-code, elles sont un signal d'appel à la glorification de l'uniforme. Une idée tronquée de la décence. Bien que l'on puisse souhaiter aider ces jeunes femmes, et que l'on condamne le sexisme visqueux et rampant derrière cet habit, on ne combat pas un autoritarisme idiot par un autre. D'ailleurs, la burqa n'est choquante que par le symbolisme qu'elle véhicule. Dans l'absolu, un K-Way long dont la capuche serrait serrée à mort sur les yeux produit exactement le même effet dissimulateur. Messieurs les législateurs, vous faites tout à l'envers. Faut-il s'attendre à voir nos libertés civiles fondre une à une, sous le feu roulant des décrets, des faux débats parlementaires creux avec en toile de fond un pauvre fait divers, aussi peu compris qu'il émeut ? Budget des télévisions publiques et CSA sous contrôle direct et sans pudeur du chef de l'État, réforme de la justice et du juge d'instruction pour rendre l'instruction au parquet, lui-même soumis au garde des sceaux. Mises en phase des élections législatives et des présidentielles pour garantir un parlement aux ordres du camp réalisant son anschlüss.

Quel est le spectre, démagocrate vautré dans son pathos réactionnaire, qui se cache dans les sourires obséquieux du gouvernement ? Par un autoritarisme dont est absent toute exemplarité, messieurs les gouvernementaux, c'est vous qui devriez porter la cagoule de la honte. Dans un contexte d'incontinence législative, de logorrhée de la pensée unique, de saccage de la séparation des pouvoirs, de culte de l'argent et des moyens comme des médiocres fins, de condamnation des idéaux taxés de dictature des bons sentiments, de verrouillage institutionnel bi-partisan, à l'instigation du seul camp hégémonique : ami indigné, fous ton masque si tu es Zorro, fous  ton nez rouge si tu es clown ou fous ta cagoule si tu es révolté ! Et si ça ne suffit pas, éh bien fous ton K-way, ça leur fera les pieds. En désespoir de cause, tu peux aussi embrasser la carrière de ninja.


Et comme on dit du côté de chez Moom : Difficile de désirer une femme en Burqa. Il faut être un sacré amateur de camping pour lever le piquet devant une tente ambulante.
Par A.Thos. - Publié dans : Fait et cause - Communauté : Les Blogs Sarkostique
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