Lundi 6 juillet 2009
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14:00

Il est des provocateurs qui jouent sur les cordes de la peur et du désaccord comme un
virtuose sait tirer des larmes de son violon. Et leur archet n'est autre que notre propre hypocrisie.
Via Marianne, l'un des collaborateurs de
Riposte Laïque (Robert Albarèdes) s'est récemment fendu d'une
lettre ouverte à Henri Guaino. Lettre qui, en substance, pointe du
doigt le porte-à-faux entre le discours présidentiel sécuritaire et les actions menées, peu après le caillassage de la voiture de Guaino à Montfermeil. Et, rapidement, une phrase illustre à
elle toute seule le ton du billet :
" L’élection passée, le vent a tout emporté, et le « nettoyeur haute pression » est resté à l’atelier".
Okay. A la poubelle, les masques, prière de Kärcheriser maintenant. Ceci dit, ce gloubiboulga d'idées pernicieuses a de quoi faire sauter au plafond :
Et ne croyez pas que c’est « la misère » sociale qui les pousse au délit : ils ont plus qu’il ne faut pour vivre ( et ils agglutinent à eux tout le réseau familial, au sens large du terme), «
roulent » voitures confortables et grosses cylindrées rutilantes, possèdent les derniers produits « higt-tech » à la mode, et dépensent joyeusement en amusements de toutes sortes des sommes
rondelettes tout en veillant durement à l’intégrité de leur « territoire ».
Marrant, on pourrait presque dresser une vidéo, toute subversion assumée, figurant le bal des Lagardères&Bouygues familles, accompagnées d'un Fillon triturant son I-Pod (il y-a de bonnes
chances qu'il pète un record interplanétaire de Tetris), déboulant de leurs caisses à vitres teintées au Fouquet's. Fort belle description dont l'envers interprétatif est savoureux, tant qu'on en
reste au littéraire. Du reste, l'auteur du billet pointe, malgré lui ironiquement, que celui qui souffre tous les jours d'évoluer au milieu de ce tableau, c'est
"le citoyen lambda".
Pauvre, pauvre
"citoyen lambda", qui n'a plus ni clan familial, ni Dieu, ni même d'idéaux pour se sentir socialement signifiant.
Bigres. Mais en effet, les communautarismes se développent moins sur la "misère économique" que sur la "misère sociale". Cette petite nuance qui fait que "l'intégration" est en panne, voire
carrément en cale sèche. Que les cités se replient sur elles-mêmes, et se repliant, se voient toujours davantage rejetées : cercle vicieux des plus affreusement banals. Mais pourquoi donc se
replient-elles sur elles-mêmes, ces cités ? Pourquoi regorgent-elles d'indigènes de la république et, comme le pointe hystériquement le site auquel vous contribuez, monsieur Albarèdes, de femmes
voilées et d'islamistes radicaux ?
Pourquoi est-ce que plus on cogne dessus, plus le repli gagne en ampleur, monte au créneau et provoque ? Peut être en raison d'un vice de forme central :
Aussi, les hommes et les femmes de ce pays, très majoritairement acquis aux valeurs de notre République, à la laïcité, à la primauté de la loi générale, à l’élaboration démocratique de cette
loi, au respect de cette loi générale par tous et encore plus par ceux qui ont été accueillis et qui doivent s’intégrer, vous sont par avance reconnaissants de donner, à votre tour, cette
information à celui qui est au plus haut niveau de l’Etat et qui a prononcé le discours précité.
Accueuillis ? Accueuillis dites-vous ? Non. Il y-a encore quantité de racisme ordinaire qui veut que l'on tolère, et pas qu'on accueuille. Devoir d'intégration dites-vous ? Quel devoir
d'intégration pour qui est né français ? Il n'a pas choisi sa nationalité, monsieur, comme vous n'avez pas choisi la votre. Ces "sauvageons" n'ont pas choisi grand chose, si ce n'est un modèle de
survie au sein de leur milieu. Un milieu ghettoisé, construit à la hâte, bien à l'écart des villes. Des cages à lapins péri-urbaines. Comment auraient-il le devoir de s'intégrer alors que tous les
moutons de la république leur ont dit d'entrée : "nous ne voulons pas de vous, vous êtes un greffon". Eh bien le greffon se bat.
Vous parlez de restaurer l'autorité de l'état ? Quid de l'urbanisme et d'une vraie politique de relogement ? Promouvoir une authentique mixité sociale, en somme. Casser les regroupements scolaires
de type ZEP par ce biais. Celà risquerait-il de vous brusquer par hasard ? Allez, à d'autres. On préfère encore taper, plutôt que de remettre en cause les raisons qu'à le greffon de se battre.
Il se bat moins contre nos idéaux républicains que contre nos propre hypocrisies vis à vis de ces idéaux. Parce que ceux qui refusent les valeurs communes n'ont pas à être écartés, ils le font
d'eux-mêmes.
La loi ne doit surtout pas devenir l'expression de la volonté générale (c'est une fausse légitimité fondée sur un culte superstitieux de l'efficacité finissant par imposer des modèles creux de
toute conviction humaniste), mais la protection des libertés de chacun, dans la limite de ce qu'elles n'attentent pas à celle d'autrui.
Si l'identité nationale a besoin d'être imposée par le bâton, c'est qu'elle ne convainc plus. Le modèle républicain n'est pas en panne d'identité, il est en panne de vertu et d'exemplarité. Nul ne
prend pour modèle un hypocrite, sauf le magouilleur pour qui la fin justifie les moyens, en toute chose, et dont seul l'intérêt et la "réussite personnelle" est un gage d'estime de soi.
Continuez à croire pouvoir imposer des valeurs d'acceptation et d'intégration par la matraque, et vous ne ferez que créer plus de communautarismes victimistes, plus de pensée unique et inique.
Seule l'exemplarité fédère.
Au demeurant, vous jouez un jeu de
qui-perd-gagne, en demandant à prendre acte de toujours plus de condamnations, toujours plus d'exclusions, vous appellez à changer la rès publica
en un autre clan, un autre ghetto. A ce jeu là, c'est toujours la république qui perd.
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